Brigitte Virtudes, la voix française de Martha Kent, s’est livrée, en exclusivité, à Planète Smallville.
 
Elle nous parle de Smallville, de son personnage, de son métier de comédienne et des secrets du doublage de notre série préférée...
Planète Smallville : Comment avez-vous été choisie pour doubler le personnage de Martha Kent ?
Brigitte Virtudes : J’ai été choisie parce que tout simplement j’avais déjà doublé cette comédienne dans plusieurs téléfilms auparavant. J’ai donc passé des essais et la chaîne m’a choisie après les avoir écoutés.
PS : Quelles autres voix faites-vous ?
BV : Dernièrement, j’ai fait Les Noces Funèbres de Tim Burton où j’ai joué le rôle de la mère du marié et où j’ai également fait les chansons. J’ai travaillé aussi sur Dharma et Greg, je faisais Abby, sur Pacific Blue je doublais Paula Trickey, sur Frasier qui malheureusement passe seulement sur le câble mais qui est une série extraordinaire je fais la voix du personnage de Daphne, dans Tarzan 2 j’ai prêté ma voix au personnage de Mama Dounga, dans Robots je faisais Tante Fanny et puis beaucoup d’autres choses.
PS : Annette O’Toole est-elle la seule comédienne que vous avez suivie ?
BV : Maintenant c’est difficile de suivre un comédien sur le long terme. Par exemple, j’ai doublé Leslie Hope dans plusieurs choses et je ne l’ai pas doublé dans 24, ensuite Susan Walters que j’ai doublée dans Melrose Place et dans War Next Door, quelqu’un d’autre la double pour TF1. Alors que j’avais passé les essais pour TF1 et Melrose Place, ils m’ont choisie pour la faire sur Melrose Place et pas sur l’autre.
PS : Est-ce que cela dépend de la chaîne ou de la société de production qui s’occupe du doublage ?
BV : C'est la chaîne qui choisit.
PS : Vous n’êtes pas affiliée à telle ou telle société ?
BV : Non, les maisons de production qui vous font travailler, vous font passer des essais qui, ensuite, sont présentés au client, le client c’est la chaîne et c’est la chaîne qui choisit au final.
PS : Avez-vous déjà rencontré la vraie Annette O’Toole ?
BV : Non, je ne l’ai jamais rencontrée.
PS : Pourquoi avez-vous choisi ce métier de comédienne et le doublage par la suite ?
BV : Le métier de comédienne, c’est depuis que je suis toute petite que je veux le faire. J’ai fait le Conservatoire à Lyon, le Conservatoire à Paris, la Rue Blanche et puis je suis venue dans le doublage parce que je faisais aussi beaucoup de publicités, puis naturellement de la publicité je suis arrivée au doublage. Tous ces aspects font partie du métier, je tourne, je fais des spectacles sur scène. Je fais mon métier de comédienne. Le doublage, c’est beaucoup plus technique et beaucoup plus difficile que ce que l’on peut croire et tout le monde ne peut pas le faire. Il y a de très bons comédiens de théâtre qui n’arrivent pas à faire du doublage parce qu’ils ne maîtrisent pas la technique qui est très particulière, il faut parler exactement au bon moment, en outre il faut comprendre tout de suite ce qui se passe dans la scène, posséder cette sorte d’intelligence immédiate, mais ça ne veut pas dire que ce ne sont pas de bons comédiens, cela n’a absolument rien à voir.
  PS : Préparez-vous les séances de doublage à l’avance ?
BV : Non, vous arrivez sur place, on vous montre une fois la scène qu’il y a à faire et puis vous la faites. C’est pour ça qu’il faut avoir une grande dextérité technique et une compréhension du texte absolument immédiate, il faut vraiment être comme une sorte de caméléon et comprendre complètement ce qui se passe à l’écran et le reproduire tout en restant derrière la comédienne qui le joue, parce que nous sommes seulement derrière ceux que nous doublons, nous ne sommes pas à l’écran, nous ne sommes que les voix.
PS : Faites-vous quelque chose pour entretenir et préparer votre voix ?
BV : Non, pas spécialement. A l’exception du chant qui est une préparation, mais vous savez la meilleure des préparations pour bien garder sa voix et ne pas avoir de problèmes c’est de ne pas parler, de ne pas chanter, de ne rien dire du tout. Quand vous êtes chez vous, vous vous taisez. C’est la chose primordiale. Du repos, du repos.
PS : Est-ce que vous connaissiez un peu l’univers de Superman avant de travailler sur Smallville ?
BV : Oui, comme tout le monde je connaissais le Superman au cinéma avec Christopher Reeve qui était superbe mais je ne connaissais pas trop le rôle des parents qui ne sont pas très présents dans le film. Smallville a permis de montrer ce qui s’est passé pendant sa jeunesse et puis ça fait déjà quatre saisons qu’on le fait, on s’y est attaché, même si j’aimerais qu’ils aient un rôle plus important.
PS : La série Smallville vous a-t-elle apporté quelque chose de plus dans votre carrière ? A-t-elle accéléré les choses que ce soit dans le doublage ou dans les autres aspects de votre carrière de comédienne ?
BV : Non, sur les quatre années où j’ai travaillé sur Smallville, je n’ai même pas doublé Annette O’Toole dans un autre rôle, donc vous voyez il n’y a pas de lien.
PS : Lorsque vous avez commencé à travailler sur Smallville, pensiez-vous que la série connaîtrait un tel succès ?
BV : Je ne savais pas que ça allait remporter un si grand succès en France mais la personne qui m’a contactée pour le rôle m’avait dit que c’était en train de devenir un phénomène aux Etats-Unis et que ça allait certainement devenir la série culte des jeunes et la preuve en est faite. Comme on savait déjà qu’aux Etats-Unis ça marchait très fort, on s’y attendait un peu, mais cependant, un tel engouement est toujours une surprise. On est vraiment très heureux de ce qui se passe, que les français apprécient la série et notre travail.
PS : Le doublage est-il supervisé par la production américaine et avez-vous des consignes strictes ?
BV : Le doublage est supervisé par la production américaine quand il s’agit de très grands films, comme Les Noces Funèbres de Tim Burton ou comme Robots, pour ce genre de grosses productions cinématographiques, ceux qui représentent la production américaine en France s’impliquent vraiment et régissent absolument tout. Les James Bond aussi, je peux en parler parce que je fais Money Penny depuis quelques années, ce qui est très rigolo à faire par ailleurs.
PS : Sur la version française de Smallville, c’est donc plus la chaîne de télévision qui est présente, c’est-à-dire le diffuseur (M6) ?
BV : Sur les séries, oui. Ce sont surtout les chaînes parce que ce sont elles qui achètent donc ensuite ce sont elles qui sont responsables de ce qu’elles vont diffuser, alors que pour les longs-métrages, c’est la production américaine qui s’en occupe. Le film n’est que distribué, ce n’est pas pareil pour la télévision.
PS : A-t-on déjà reconnu votre voix, dans un magasin par exemple ?
BV : Cela m’est peut-être arrivé une ou deux fois mais comme je la change énormément, c’est assez rare. Et puis dans la vie de tous les jours, je ne parle pas de la même façon que lorsque je double Martha Kent par exemple. Je ne suis que ce qu’elle exprime à l’écran, seulement un élément par rapport à ce que je vois en face de moi, je ne suis plus moi, je suis le personnage et surtout cette comédienne que j’essaie non pas d’imiter parce que l’on n’imite pas, mais de rendre en français le mieux possible. J’ai besoin de son image pour devenir elle, c’est son image qui m’amène à créer dans mon imaginaire la voix qu’elle peut avoir en français parce que, bien entendu, la voix qu’elle peut avoir en français peut se rapprocher de l’anglais mais comme ce n’est pas la même langue, ce n’est pas la même musique et ce ne sont pas non plus les mêmes rythmes.
PS : Trouvez-vous que votre voix ressemble à celle d’Annette O’Toole ?
BV : Je pense qu’elle est très proche par rapport au jeu et à ce qu’elle rend sur l’écran. Maintenant je ne pense pas qu’on puisse avoir la même voix, c’est impossible, on a des cordes vocales différentes donc une palette différente c’est pour ça qu’aucune voix ne se ressemble vraiment. Ce qui peut se ressembler par contre, c’est l’émotion que l’on peut y mettre.
PS : Comment se déroule une séance de doublage ? A quelle heure arrivez-vous au studio etc … ?
BV : C’est la directrice de plateau, Marie-Christine Chevalier, qui nous convoque de telle heure à telle heure par rapport à ce que l’on doit faire. Donc ça peut durer toute la journée si on a beaucoup de lignage, si le personnage est très présent mais cela peut aussi durer simplement deux heures ou même une heure dans le cas contraire, ça dépend complètement de ce qu’il y a à faire dans l’épisode.
PS : Doublez-vous un épisode à la fois ou plusieurs en même temps ?
BV : Normalement, depuis que l’on a commencé Smallville, on fait un épisode par semaine, sur une journée. C’est donc très étalé. Pour faire les 22 épisodes d’une saison, cela dure 22 semaines. C’est très compliqué car il faut déjà recevoir le matériel des Etats-Unis, puis il faut le traduire, faire l’adaptation, donc c’est très long.
PS : Pensez-vous que le doublage d’une série ou d’un film peut participer à son succès ou bien même à son insuccès ?
BV : Franchement, je le pense. Je peux vous citer un exemple : pour Les Noces Funèbres, après avoir assisté à la projection, la responsable de la Warner en France a trouvé notre travail magnifique et très professionnel, ce qui prouve vraiment que si on a tout pour nous aider à faire notre travail le mieux possible, c’est-à-dire une très bonne adaptation, quelqu’un qui a très bien écrit les dialogues, une très bonne directrice de plateau si toutes ces choses sont en place, on peut vraiment être aussi bon que ce qui se passe à l‘écran sur la version originale et peut-être même quelque fois un petit peu meilleur. Par exemple, j’aime beaucoup la version française des Simpsons, je trouve que la qualité de leur travail est vraiment excellente. Mais il y a aussi Patrick Poivey, qui est vraiment formidable lorsqu’il double Bruce Willis, il lui a donné quelque chose de plus que l’original, qui est déjà à la base un acteur incroyable.
  
PS : Mais il y a aussi le travail des auteurs qui parfois peut donner un plus ?
BV : Oui, si on a un texte qui est parfaitement en bouche, c’est vraiment formidable. N’importe quel comédien qui est bon et qui double avec un très bon texte, devient très bon mais il faut qu’on ait matière à, c’est comme un boulanger qui a un très mauvais blé, de l’eau absolument dégoûtante et une très mauvaise farine et bien il va faire un pain qui sera mauvais, même s’il a un savoir-faire qui est superbe.
PS : Quel effet cela fait-il d’être la maman de Superman ?
BV : Rien du tout puisque ce n’est pas moi qui l’ai conçu, n’est-ce pas ? [rires] Non, cela m’amuse beaucoup, c’est rigolo.
PS : Avez-vous des enfants et si oui qu’en pensent-ils ?
BV : Oui et cela les amuse énormément comme vous pouvez l’imaginer et leurs copains aussi, ils trouvent ça super d’avoir une maman qui fait des voix et notamment dans une série qu’ils regardent, c’est fantastique pour eux.
PS : Qu’aimez-vous le plus dans le personnage de Martha Kent ?
BV : Son humanité et sa tendresse, c’est un personnage qui a beaucoup de sensibilité. Elle me permet de jouer des scènes qui sont très touchantes avec son fils, j’ai pu en doubler de très belles et c’est très agréable pour une comédienne.
PS : A contrario, est-ce que quelque chose vous agace chez elle ?
BV : J’aurais voulu que le personnage soit un tout petit peu plus développé mais ce n’est pas possible parce que c’est une série de jeunes et il faudrait qu’elle ait 20 ans de moins. [rires]
PS : Quelle a été la scène la plus difficile à doubler dans Smallville et avez-vous des anecdotes sur le doublage de la série, quelle est l’ambiance dans le studio ?
BV : Sur le plateau, on s’amuse beaucoup. A chaque fois que c’est à moi de doubler, je fais "Tous les matins, je suis Martha" (en plaçant sa voix pour parler comme Martha Kent). Il n’y a vraiment rien de difficile, on s’entend très bien, il y a une très bonne ambiance. Marie-Christine Chevalier est une directrice de plateau absolument adorable et très drôle, elle sait nous reprendre quand il le faut, il n’y a aucun problème. A un moment donné, en fin de journée, on se lâche complètement et on arrête d’enregistrer pendant dix minutes tellement on rigole. Voilà, tout ça se passe vraiment dans la joie et la bonne humeur.
PS : Vous êtes seule ou vous travaillez avec un autre comédien quand vous doublez vos scènes ?
BV : Je travaille toujours avec mon mari, Patrick (Béthune) et avec Clark, c’est-à-dire Tony (Marot) mais cela dépend des personnages avec lesquels on joue dans les scènes, la directrice de plateau nous convoque par rapport à ça.
PS : Vous intéressez-vous aux prochaines saisons de Smallville, regardez-vous les teasers sur le net et les spoilers ?
BV : Je préfère avoir la surprise c’est bien plus rigolo quand on arrive dans le studio.
PS : On sait que le tournage d’une saison commence au Canada fin juillet-début août et finit vers fin mars, à quelle période commencez-vous à travailler et jusqu’à quand ?
BV : D’habitude c’est en décembre que ça commence et cela finit donc à peu près 22 semaines plus tard. Mais pour le moment je n’ai eu aucune nouvelle, ni aucune convocation, rien du tout. Je ne sais pas du tout à quelle date on va reprendre.
  PS : Est-ce que vous avez un épisode ou une scène préférée ?
BV : Oui, surtout les scènes avec Clark qui sont vraiment très agréables, les scènes où elle essaie de lui remonter le moral où elle joue le rôle de la maman. Ca me change un peu de tous les autres personnages que je peux jouer parce que d’ordinaire je joue plutôt des rôles un petit peu monstrueux, un petit peu rigolos, je suis plus habituée aux méchantes et aux fofolles et là c’est un rôle de maman plein de gentillesse donc ça me change un peu de jouer une personne à peu près normale.
PS : Quels sont vos projets ?
BV : Dernièrement j’ai doublé The little poney (les petits poneys) dans lequel j’ai également fait les chansons, mais aussi Brenda et Monsieur Monstache. J’ai également doublé la femme du chef Vicking dans le dernier dessin animé Astérix qui va sortir en avril et qui s’appelle Asterix et les Vickings. Il y aussi Les Noces Funèbres qui sont déjà sorties, j’espère également être au théâtre en 2006 et bien évidemment la cinquième saison de Smallville que je vais commencer sous peu mais là il faudra attendre le printemps 2006.
Merci à Brigitte Virtudes pour sa disponibilité et sa gentillesse.